La Corse

Île de beauté

Les Pagliaghji ou paillers

Vestiges et témoins d’une tradition agro-pastorale qui s’éteint doucement depuis la deuxième guerre mondiale, les Pagliaghji (au singulier pagliaghju) survivent. Leur nom « pagliaghju » qui vient du mot paille en corse, ne concernait à l’origine que les petites constructions destinées à abriter la paille, et le berger lui-même si les conditions climatiques l’exigeaient, sur les chemins de transhumance des troupeaux. Actuellement, c’est le nom que l’on donne d’une façon générale à toutes les petites constructions de pierres sèches disséminées dans les plaines et les vallées historiquement agricole. Si la construction est plus importante on parle de « bergerie ».

Le pagliaghjiu est construit en pierres sèches selon les méthodes ancestrales, il y a deux types de toits. : le toit terrasse ou le toit en encorbellement, encore appelé « fausse voûte ».

Le toit terrasse est fait d’une poutre maitresse reposant sur un appareil schisteux ou granitique et complétée de poutres secondaires, placées perpendiculairement à elle. Sur cette charpente grossière, on posera ensuite un plancher de « scandule » (bardeaux de bois) recouvert d’une couche de lichen ou d’algues, destinée à imperméabiliser, le tout retenant une énorme couche de « terra rossa ».(photo de Ph Lagain)

pagliaghji

Le toit en encorbellement, les pierres sont simplement posées à plat avec à chaque fois un léger décalage vers l’intérieur. Il est lui aussi recouvert d’une bonne couche de terre.

pagliaghju

Un savoir-faire qui se transmettait jadis, de père en fils, mais que peu d’entre eux ont conservé de nos jours.

On retrouve les Pagliaghji, dans toute la Corse, mais leur nombre est particulièrement important en Balagne et aux portes de la Balagne dans les « Agriate », deux régions qui servaient de plaine de transhumance. Dans le désert des Agriate, qui n’en est pas un, on compte des dizaines de Pagliaghji, dont la plupart sont désormais dégradés, mais restent visibles au promeneur.

pailler

En Balagne, la plaine de Montegrosso, la plaine d’Aregno qui descend jusqu’à la ligne droite d’Algajola, la Haute-Balagne et la vallée du Regino sont particulièrement riches en Pagliaghji ou en bergeries.

Sous la pression immobilière et sous l’influence de la clientèle faite de riches étrangers et de stars du showbiz ont acheté des Pagliaghji ou des bergeries, et on a pu constater ces dernières années une multiplication des transformations de ces constructions anciennes, en habitation, le plus souvent à destination de détente estivale.

Multiplication facilité avec la règle des 30% qui stipule que même sur un terrain non constructible, lorsqu’un édifice existe déjà, il est possible de l’agrandir dans la limite de 30% de la superficie initiale. C’est le dernier chic, une acquisition en quête d’authenticité ! Des fois cela frôle le snobisme… la conjoncture de ces différents facteurs a abouti à une envolée des prix pour ce genre de biens immobiliers……… C’est bien dommage toutes ces transformations.

Nouveau combat : la transformation des pagliaghji ou cabanes de bergers en habitations qui est remise en cause et jugée illégale…article de Nice matin corse

Une restauration de Pagliaghju, en maison de location de vacances en Corse: (joli mais c’est dommage….)

pagliaghju réstauré

Et bonne nouvelle:

« Une association de Haute-Corse, Opera di Rutali, a restauré une dizaine de constructions en pierre sèche et leurs aires de battage, des murs de clôture, des sources, etc., sur un parcours empruntant le tracé d’anciens chemins communaux ou sentiers. Ce parcours, situé à 1,5 km du village de Rutali, donne à l’ouest sur la vallée du Nebbio et la Méditerranée, à l’est sur la plaine orientale et la Tyrrhénienne. Le visiteur y découvre aussi de nombreuses traces de cultures en terrasses avec leurs murs de soutènement, des vestiges de bassins et de canaux d’irrigation, des monticules d’épierrement (maggeghje), des niches et des abris de bergers. »