La Corse

Île de beauté

Girolata et la Réserve de Scandola

Le seul accès, pour arriver au port de poupée de Girolata, reste maritime. Si vous êtes courageux et adeptes de marche à pied, il ne vous reste plus qu’à emprunter l’un ou l’autre des deux sentiers de chèvre qui vous mèneront à cet havre de paix. Girolata est l’illustration même de ces lieux magiques, nombreux en Corse, où la sérénité a élu domicile. Les quelques 15 privilégiés qui vivent à Girolata luttent férocement et inlassablement contre la pression immobilière. Vous imaginez alors combien cet amour et ce respect qu’ils vouent à leur village et à leur golfe traduisent d’un état d’esprit tout à fait à l’opposé des tropéziens. D’ailleurs c’est une des raisons qui anime leur détermination : Girolata ne doit pas devenir un deuxième St Tropez…..

girolata

Malgré tout, pas moins de 170 000 touristes affluent dans ce golfe tout à fait exceptionnel. De Calvi à Porto, les navettes transportent les touristes, seulement l’été. C’est à croire que la mer elle même veut préserver cette réserve de Scandola, véritable joyau du Parc National Marin, sanctuaire d’une Méditerranée non polluée. En effet, certains jours, la mer se rebelle au point de rendre l’accostage trop risqué. Même les pêcheurs de Girolata ne sortent pas, seule la vedette des gardes du parc ose affronter ces temps de naufrage. Les flots protègent jalousement ce trésor comme s’il s’agissait des douves d’une forteresse naturelle aux murailles tombant en à-pics. De crique en crique, de falaise en falaise, avec des îlots « en postes de garde avancés », tout ce paysage volcanique ne peut qu’inviter à la contemplation. Si on parvient à avoir le privilège d’admirer ces paysages uniques, intacts et appréciés de l’Homme depuis des générations, c’est grâce aux efforts de tous les amoureux de ce domaine, depuis les responsables du Parc Maritime, jusqu’aux gardes, véritables « Anges Gardiens » qui veillent sans cesse sur leur « Cathédrale » comme ils aiment l’appeler. Le but de tous ces efforts étant de préserver ce laboratoire vivant, abritant une faune exceptionnelle.

scandola

Dés 20 M de profondeur, des colonies de coraux uniques, parfois de couleur blanche, attirent des amateurs de France mais d’ailleurs aussi. Les gardes de cette réserve connaissent chaque grotte, chaque fissure, chaque faille de la façade maritime. Leur mission s’étend à d’autres domaines que ceux de la protection et du contrôle, de la surveillance (braconniers de la pêche et de la chasse, navires chargés de touristes, prêts à jeter l’ancre n’importe où et à déverser des flots de touristes). Certains assistent les spécialistes de la biologie marine qui viennent travailler sur ce site et veillent aussi sur les balbuzards pêcheurs qui viennent nicher sur la paroi rocheuse, sur le dauphin Tursiops, qui passe dans les eaux de la réserve.

Les fonds marins ne sont pas les seuls à être « chouchoutés », la flore aussi. Sur les falaises escarpées s’accroche un tapis végétal dense tissé de plantes endémiques et d’arborescences généreuses, le maquis atteint parfois 6 mètres de hauteur. Si vous avez la chance de visiter cette région au printemps, vous ne pourrez que vous émerveiller devant ce jardin suspendu extraordinaire.

Etendre le Parc Marin afin qu’il devienne un des plus beaux du monde par la diversité de son écosystème, permet de préserver le paysage littoral sans discontinuité, de poursuivre et d’élargir la politique de protection des espèces rares et de réintroduire des espèces disparues comme celle du phoque moine, de limiter les actes des prédateurs de la pêche de loisir et de la chasse sous-marine, d’organiser l’accueil des visiteurs (300 bateaux environ l’été), en fonction de la sensibilité des milieux et en fixant des seuils de fréquentation. Actuellement cette réserve recèle d’espèces symboles de la Méditerranée : mérou, rascasse, turbot, grandes cigales, nacres, qui, préservées des zones polluées, trouvent le milieu idéal pour se reproduire.

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Le concept du parc national évoque un sanctuaire intouchable excluant le maintien des activités humaines. Vous imaginez bien que les pêcheurs professionnels ont des raisons de s’inquiéter et de protester. Mais il n’est pas question d’interdire cette pratique artisanale qui fait vivre quelques familles corses. Il s’agit de créer une périphérie de la réserve puis mieux harmoniser les mesures de protection de l’ensemble du territoire, et de mieux gérer la ressource halieutique. Les professionnels y trouvent leur compte. Les amateurs, quant à eux, sont répartis sur des zones moins sensibles et sont « canalisés » sur des « sentiers sous-marins » délimités. Les générations futures ne pourront que se réjouir et remercier pour tous ces efforts mis en commun pour la préservation de ce joyau de la Corse.