La Corse

Île de beauté

La dernière demeure vaut une résidence secondaire.

La dernière demeure vaut une résidence secondaire.

Dès leurs premières excursions en Corse, les voyageurs sont frappés par la présence de mausolées en des endroits souvent inattendus. L’architecture de ces monuments funéraire est elle-même insolite, et le luxe apporté à la décoration tranche avec la nature environnante, surgissant du maquis, de l’ombre des oliviers ou des pins parasols, posés sur une falaise dominant la mer où face au village, ces tombeaux surprennent. Avec leurs colonnes grecques, leurs coupoles d’inspiration  byzantine, leurs murs passés à la chaux d’une blancheur rappelant quelque édifice arabe, ils ne peuvent qu’inspirer le recueillement et la curiosité.

Dans ce pays si pieux et dévoué qu’est la Corse, les habitants ont toujours accordés une très grande importance au « devenir » de leurs morts. Jusqu’au milieu du XVIII e siècle date de la fin de l’occupation italienne, les défunts sont inhumés à l’intérieur des églises, ou des couvents, dans une cave situées sous l’autel et dénommée « l’Arca » en Corse. Les corps sont simplement jetés dans cette fosse commune si proche de Dieu, où les ossements des « sgio » (seigneurs féodaux) sont mêlés à ceux des notables, des paysans, des pêcheurs. Pour la population, l’usage de l’arca est plus qu’une habitude, c’est un devoir, une véritable loi sociale car tout défunt enterré dans un cimetière est considéré comme abandonné du Tout-Puissant. Aussi romantique qu’ait pu paraître cette coutume, elle n’était pas sans inconvénients et, au XIX siècle la corse étant devenue française, l’état invoqua l’insalubrité comme prétexte pour interdire la pratique de l’arca. Il est vrai que l’ardeur du soleil d’été exacerbait l’odeur des corps en décomposition, ce qui condamnait souvent l’accès à l’église. A partir de cette interdiction, les Corses si attachés à leur traditions durent accomplir ce qu’ils avaient toujours évité de faire, enterrer les leurs dans le cimetière communal, plus ou moins éloigné de l’église.

Mais tandis que certains transgressaient la loi en allant déterrer leurs morts la nuit pour les inhumer en secret dans l’église, d’autres eurent le réflexe d’offrir comme dernière demeure aux disparus la propriété familiale. De cette époque date le proverbe (en français ) Fais ta tombe  dans ta propriété et tu iras au paradis. La sépulture extérieure de richesse soulignant l’appartenance à telle classe sociale. Ces bâtisses affirmaient la puissance de ces lignées, et aussi permettaient de rendre les terrains inaliénables. « On ne vend pas les morts ! », comme dit un proverbe. Visibles ou invisibles, les morts restent parmi nous et leurs tombeaux nous montrent d’où nous venons, quelles sont nos racines. Nous sommes les héritiers d’une histoire et d’une communauté.

Vers 1850, les tombeaux se multiplient, isolés et magnifiques. Les mairies ferment les yeux sur cette pratique de manière à s’attirer la sympathie des familles et donc leurs voix. Bénis par le curé de la paroisse, les mausolées, églises en miniatures permettent aux riches de se faire enterrer près d’un autel de prières. Mêmes les corse qui ont quittés l’île pour faire fortune, bâtir leur dernière demeure, sur leur île. On les appelle encore de nos jours les « tombeaux des américains », et ce sont souvent les plus imposants réalisés par des artistes florentins ou génois en marbre de Carrare.

 

De nos jours, il arrive encore que dans certaines de ces mausolées soient inhumés des gens qui, bien que de descendance n’ont jamais connus la Corse de leur vivant. Si l’on construisait actuellement certaines de « ces villas », elles vaudraient aussi cher qu’une maison d’un vivant. La charge de l’entretien en est parfois si lourde que les propriétaires, qui continuent à venir fleurir la tombe de leurs aïeux, assistent impuissants, à la dégradation de ces lieux magiques.

Proverbe corse: A casa a piu sicura è a cascia = (La maison la plus sûre est le cercueil. C’est la sagesse même, car il est évident qu’à la mort on laisse tous nos biens, même notre propre maison à laquelle on tenait tant. Par contre, personne ne viendra prendre le cercueil dans lequel on nous a mis, il est à nous pour toujours.
(Mathieu LUCIANI)

La dernière demeure de Tino Rossi à Ajaccio au cimetière marin.

tombe tino rossicimetiere ajaccioAutres tombeaux:

Entrée du village de Corbara:

tombeau Corbara

Corbara tombeau

A l’entrée de Corbara

cimetière corbara cimetière CorbaraTombeau à Coti Chiavari:

intérieur du tombeau de Coti Chiavari

Intérieur du tombeau de Coti Chiavari

Tombeau coti chiavari