La Corse

Vacances en Corse sur Île de beauté

D’Ajaccio à Bonifacio en bateau, les plus belles excursions au fil des eaux corses

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Il existe des trajets qui ressemblent à des poèmes. Celui qui relie Ajaccio à Bonifacio, longeant la côte occidentale de la Corse par voie maritime, en fait assurément partie. Entre deux villes au caractère bien trempé — l’une impériale et fière, l’autre perchée sur ses falaises comme une citadelle hors du temps —, la mer offre un spectacle continu, généreux, parfois sauvage, toujours bouleversant. Des calanques aux eaux translucides, des plages secrètes accessibles uniquement depuis le large, des réserves naturelles d’une biodiversité rare, voguer sur ces eaux-là, c’est découvrir la Corse sous son angle le plus pur, le plus brut, le plus intime. Voici les plus belles excursions en bateau à vivre le long de ce couloir maritime d’exception, depuis les quais d’Ajaccio jusqu’aux hauteurs vertigineuses de Bonifacio.

Ajaccio, point de départ d’une odyssée maritime

Tout commence sur le port d’Ajaccio. Il y a quelque chose de particulier dans cette ville qui regarde la mer comme une évidence, sans en faire tout un spectacle. La capitale de la Corse-du-Sud s’éveille tôt en saison, les bateaux de pêche rentrent, les voiliers préparent leur départ, les vedettes à passagers chargent leurs premiers voyageurs au son des moteurs qui toussotent dans l’air salé du matin. Le golfe d’Ajaccio, l’un des plus beaux de Méditerranée, forme un écrin naturel exceptionnel — une baie ample et généreuse, protégée au nord par la pointe de la Parata et ses îles Sanguinaires, ouverte au sud sur un horizon infini.

C’est depuis ce port que la majorité des excursions prennent leur envol. Les compagnies maritimes locales proposent des formules variées, demi-journée vers les calanques proches, journée complète vers Propriano ou Porto-Vecchio, ou encore des sorties au long cours vers Bonifacio pour les plus aventureux. Les bateaux vont du semi-rigide sportif au catamaran de croisière, avec pont soleil, espace ombragé et bar à bord — autant d’options qui permettent de calibrer l’expérience selon son envie de confort ou d’adrénaline.

Partir d’Ajaccio, c’est aussi partir avec une conscience géographique aiguë. On quitte la cité de Napoléon — né ici en 1769, et dont le souvenir imprègne encore les ruelles du centre historique — pour s’engager sur des eaux qui furent sillonnées par les Génois, les pirates barbaresques, les pêcheurs de corail et les navigateurs de toutes origines. L’histoire de l’île affleure à la surface de la mer. Dès que le port disparaît derrière la proue, le voyage intérieur commence.

Les îles Sanguinaires, premiers émerveillements à la sortie du golfe

À peine Ajaccio laissée dans le sillage, les îles Sanguinaires surgissent sur la droite comme une apparition. Leur nom évoque le sang — et pour cause, au coucher du soleil, le granit rose de ces îlots s’embrase littéralement, virant au rouge profond, à l’orangé, au violet, dans un spectacle chromatique qui cloue au bastingage même les voyageurs les plus aguerris. Mais à toute heure du jour, l’archipel mérite le détour.

L’île principale, la Grande Sanguinaire, abrite un phare en activité et les vestiges d’une ancienne station de lazaret — une quarantaine où étaient confinés les voyageurs suspects de maladie, avant d’être autorisés à entrer dans le port. Alphonse Daudet y séjourna et en tira ses célèbres Lettres de mon moulin. Cette dimension littéraire ajoute une couche de profondeur à la contemplation des lieux. On imagine volontiers l’écrivain provençal, seul face au vent et à la lumière, griffonnant ses impressions dans une solitude consentie.

Les excursions en bateau permettent de longer les îles au plus près, d’observer les colonies de goélands et de cormorans nichés dans les anfractuosités rocheuses, et parfois — avec un peu de chance — d’apercevoir des dauphins jouant dans le sillage. L’eau, ici, présente déjà cette teinte caractéristique des fonds rocheux corses, un bleu-vert profond qui vire au turquoise transparente dans les zones peu profondes. Les snorkelers qui s’accordent un arrêt baignade découvrent des fonds d’une richesse silencieuse — oursins violets, mérous curieux, herbiers de posidonies ondulant avec la douceur du courant.

Propriano et le golfe du Valinco, une escale entre douceur et grandeur

Au-delà des Sanguinaires, la côte s’étire vers le sud dans une succession de criques, de caps et de plages que seule la mer permet d’apprécier dans leur totalité. La route maritime vers Bonifacio passe inévitablement à proximité du golfe du Valinco, l’un des trois grands golfes de Corse-du-Sud, et l’un des moins urbanisés. C’est là que la Corse révèle une autre facette de son caractère, sauvage, préservée, presque intimidante dans sa beauté.

Propriano, ville portuaire nichée au fond du golfe, constitue une escale naturelle pour les excursions au long cours. On y trouve un port de plaisance animé, quelques restaurants de bord de mer où la tielle sétoise dispute sa place aux plateaux de fruits de mer locaux, et une atmosphère de bout du monde méditerranéen qui tranche avec l’agitation d’Ajaccio. Les bateaux qui s’y amarrent le temps d’un déjeuner permettent aux passagers de flâner dans le village, de goûter la charcuterie locale ou simplement de poser un regard différent sur la mer — depuis la terre, cette fois.

Autour du golfe du Valinco, les plages de Campomoro au sud constituent un objectif prisé. La tour génoise qui surveille ce rivage depuis le XVIe siècle donne au lieu un caractère intemporel. Depuis un bateau, la silhouette de la tour se découpe sur le maquis vert sombre comme une estampe ancienne. Le sentier des douaniers qui longe le littoral autour de Campomoro est réputé parmi les plus beaux de l’île, mais c’est depuis la mer qu’on en perçoit la véritable échelle — une côte découpée, accidentée, d’une richesse géologique fascinante.

La réserve naturelle de Scandola et les calanques de Piana, un détour vers le nord qui vaut l’aller

Si l’on part d’Ajaccio en direction de Porto au nord plutôt que vers le sud, une autre grande excursion maritime s’impose, celle qui mène à Scandola et aux calanques de Piana. Ce détour vers le nord depuis la capitale corse est l’un des plus beaux voyages en bateau de toute la Méditerranée, classé au patrimoine mondial de l’Unesco pour une bonne raison.

La réserve naturelle de Scandola couvre près de 1 000 hectares terrestres et marins. Aucune route n’y conduit. Seule la mer y donne accès, et encore, uniquement par les bords — les bateaux ne peuvent pénétrer dans la zone centrale protégée. Mais longer ces côtes suffit amplement, la roche volcanique aux teintes ocre, rouge, presque noire, sculptée par des millénaires de vent et d’eau de mer, forme des arches, des grottes, des colonnes, des dykes basaltiques d’une puissance plastique rare. Les eaux sont cristallines, la faune marine abondante. Les aigles pêcheurs planent au-dessus des flots avec une majesté tranquille.

Les calanques de Piana, accessibles depuis le village éponyme par un chemin muletier, se révèlent sous un angle inaccessible depuis la terre lorsqu’on les approche par mer. Les pitons de granit rose tombent à pic dans une eau d’un vert irréel. Des kayakistes aventureux se faufilent dans les grottes, tandis que les catacombales marinières du bord offrent aux passagers des vues à couper le souffle sur ces formations géologiques uniques au monde.

De Propriano à Bonifacio, la dernière ligne droite vers les falaises blanches

Au départ de Propriano, ou directement depuis Ajaccio pour les formules longue journée, les embarcations mettent le cap plein sud vers Bonifacio. La côte qui s’égrène alors est d’un caractère différent, plus aride, plus austère, le maquis laisse place à un relief plus ras, balayé par le vent du nord — le fameux libecciu — qui sculpte les lentisques et les genévriers en formes tordues. La lumière, sur cette partie de l’île, a une qualité particulière, plus sèche, plus intense, presque africaine certains après-midi d’été.

L’arrivée en bateau à Bonifacio constitue l’un des moments les plus saisissants du voyage. La ville haute, construite sur une falaise calcaire de soixante mètres, semble suspendue dans le vide au-dessus d’une mer vert émeraude d’une pureté absolue. Le passage des bouches de Bonifacio — ce détroit qui sépare la Corse de la Sardaigne — crée des courants et des lumières changeants qui donnent à l’arrivée un caractère théâtral. On comprend immédiatement pourquoi les Génois avaient choisi ce site improbable pour y bâtir l’une de leurs forteresses les plus imponentes.

Les grottes marines creusées à la base des falaises méritent une attention particulière. La grotte de Sdragonato, la plus célèbre, possède un orifice naturel dans la voûte qui, vu depuis l’intérieur, dessine la carte de la Corse avec une précision presque surnaturelle. Une curiosité géologique que les excursions en semi-rigide permettent d’approcher au plus près, dans l’obscurité fraîche et sonore de la caverne.

Îles Lavezzi et archipel des Cerbicales, les joyaux marins du bout de l’île

À proximité immédiate de Bonifacio, un archipel mérite qu’on lui consacre une demi-journée entière, les îles Lavezzi. Classées réserve naturelle, ces îles granitiques aux teintes chamois et dorées baignent dans une eau d’une clarté absolue — souvent citée parmi les plus belles de Méditerranée, ce qui, sur une île comme la Corse, ne constitue pas une déclaration à prendre à la légère. Les blocs de granit, arrondis et polis par les vents et les marées, forment des paysages lunaires d’une étrange beauté. Entre les rochers, des criques minuscules abritent des eaux turquoise de quelques décimètres de profondeur, idéales pour les snorkeurs débutants.

Les îles Cerbicales, au large de Porto-Vecchio sur la côte est, constituent un autre archipel protégé accessible uniquement par la mer. La faune y est remarquable, balbuzards pêcheurs, tortues marines, mérous de belle taille évoluant à quelques mètres des nageurs curieux. Les excursions depuis Porto-Vecchio ou Bonifacio permettent de combiner découverte des îles et navigation dans les bouches, ce corridor maritime unique qui concentre une biodiversité exceptionnelle.

Embarquer, c’est comprendre la Corse autrement

Il y a des expériences qui modifient durablement la façon de percevoir un territoire. Naviguer de la rade d’Ajaccio jusqu’aux falaises de Bonifacio en fait partie. Ces heures passées sur l’eau révèlent une île qui ne se laisse pas saisir depuis les routes, aussi belles soient-elles. Vue de la mer, la Corse retrouve une forme de cohérence géographique — on en mesure l’étendue, la diversité, la densité naturelle — et une profondeur historique qui se tisse dans les tours génoises, les grottes millénaires et les noms de lieux hérités des navigateurs d’autrefois.

Catamaran ou semi-rigide, choisir son embarcation selon l’esprit du voyage

La question se pose dès le quai, au moment de réserver. D’un côté, le catamaran — large, stable, confortable, avec ses filets avant tendus au-dessus de l’eau où l’on s’allonge pour sentir les embruns, son espace ombragé pour déjeuner, son bar intégré et sa terrasse arrière idéale pour les plongeons. De l’autre, le semi-rigide — nerveux, compact, motorisé à la puissance d’un bolide marin, capable d’atteindre des criques inaccessibles aux grandes coques et de glisser dans des grottes à quelques centimètres des parois calcaires. Deux philosophies du voyage nautique, deux façons radicalement différentes de lire la même côte.

Le catamaran s’impose naturellement pour les familles, les groupes d’amis ou ceux qui souhaitent profiter de la navigation autant que des escales. La stabilité de la double coque efface le mal de mer, la surface de pont autorise une liberté de mouvement rare, et la navigation se fait dans une certaine douceur — on glisse plutôt qu’on fend. Les sorties au départ d’Ajaccio vers Scandola ou vers Bonifacio en catamaran durent souvent une journée entière, avec déjeuner à bord, arrêts baignade programmés et guide qui commente les paysages au micro. C’est une expérience complète, presque clé en main, qui convient à ceux qui veulent conjuguer découverte maritime et moment de détente prolongé.

Le semi-rigide, lui, s’adresse aux voyageurs qui aiment la sensation pure. La carène tape sur la houle, le vent gifle agréablement le visage, la vitesse transforme la surface de l’eau en textures mouvantes. En moins de temps, on couvre davantage de distance et l’on accède à des zones que les bateaux à fort tirant d’eau ne peuvent approcher. Les grottes de Bonifacio, les criques secrètes entre Campomoro et Tizzano, les arches de Scandola au ras de l’eau, le semi-rigide y pénètre avec une aisance que le catamaran ne peut égaler. Les sorties durent généralement deux à quatre heures, ce qui les rend compatibles avec un programme de visite terrestre le même jour.

Pour un premier séjour, le catamaran offre une introduction panoramique idéale à la côte corse. Pour les voyageurs qui reviennent, qui connaissent déjà les grands sites et souhaitent les explorer dans leur détail le plus intime, le semi-rigide s’impose comme l’outil de prédilection. Certains opérateurs au départ d’Ajaccio proposent désormais des formules hybrides — navigation en catamaran le matin, exploration en annexe pneumatique des grottes et criques l’après-midi — qui combinent le meilleur des deux mondes. Une manière intelligente de ne pas avoir à choisir.

La Maddalena, l’archipel sarde à portée de vague depuis Bonifacio

À quelques miles nautiques au sud de Bonifacio, de l’autre côté des bouches qui portent son nom, un archipel attend — celui de La Maddalena. Techniquement sarde, donc italien, mais culturellement imprégné de cette même culture maritime tyrrhénienne qui irrigue le sud de la Corse depuis des siècles. La frontière entre les deux îles, ici, ne tient qu’à un trait sur une carte, les eaux, elles, ne font aucune distinction. Elles sont partout du même vert translucide, de la même clarté absolue, habitées des mêmes espèces marines.

L’archipel de La Maddalena regroupe une quarantaine d’îles et d’îlots, dont sept habitées. La principale, qui donne son nom à l’ensemble, abrite une ville portuaire animée, authentiquement méditerranéenne, avec ses façades colorées, ses trattorias débordant sur les ruelles pavées et ses marchés de produits locaux où le pecorino sarde voisine avec les agrumes de Sicile. Le ferry depuis Palau sur le continent sarde assure une liaison régulière, mais depuis Bonifacio, des excursions en bateau permettent de rejoindre l’archipel en moins d’une heure, en passant par l’un des détroits les plus spectaculaires de la Méditerranée.

La perle de l’archipel porte un nom qui résume à lui seul la promesse du lieu, Spargi. Cette île déserte, aux plages de sable blanc fin cerclées d’eaux couleur lagon, figure parmi les destinations balnéaires les plus photogéniques de toute la côte tyrrhénienne. La crique de Cala Corsara, accessible uniquement par la mer, offre une eau d’une transparence désarmante sur des fonds de roche claire — on distingue à l’œil nu les étoiles de mer à plusieurs mètres de profondeur. L’île de Budelli, célèbre pour sa Spiaggia Rosa — une plage au sable rosé dû à la présence de fragments de corail et de coquillages — est aujourd’hui classée et inaccessible à pied, mais les bateaux peuvent s’en approcher suffisamment pour que l’œil capte cette couleur improbable.

Au-delà du spectacle naturel, naviguer jusqu’à La Maddalena depuis Bonifacio, c’est traverser symboliquement une frontière douce, celle qui unit deux îles de même souche méditerranéenne par-delà les nationalités. L’histoire commune affleure partout, les fortifications génoises, les dialectes cousins, les recettes de cuisine qui se répondent d’une rive à l’autre. L’amiral Nelson séjourna dans ces parages en 1804, préparant ses campagnes depuis la baie de Mezzo Schifo. Aujourd’hui, les excursions en bateau depuis Bonifacio vers La Maddalena constituent l’une des plus belles journées que l’on puisse offrir à un voyageur amoureux de la Méditerranée dans ses expressions les plus pures et les plus préservées. Partir d’Ajaccio en bateau, c’est aussi faire confiance à la lenteur. À cette vitesse de croisière qui permet de regarder vraiment, de laisser le paysage venir à soi plutôt que de le traverser en accéléré. C’est dans cet espace de contemplation active — les yeux grand ouverts sur une côte qui n’en finit pas de surprendre — que naît ce sentiment propre aux plus beaux voyages, celui d’avoir touché, le temps d’une journée, quelque chose d’essentiel et de rare. La Corse, depuis la mer, n’est plus seulement une destination. Elle devient une expérience sensorielle totale, presque physique, que la mémoire du corps conserve longtemps après le retour à quai.

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