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Tour de Corse en catamaran, les escales incontournables de l’île de Beauté

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Faire le tour de la Corse en catamaran est l’un de ces projets qui germe longtemps avant de se concrétiser, nourri de récits de navigateurs revenus éblouis et de photographies où le bleu de la mer dispute l’attention au vert sombre du maquis. L’île de Beauté, vue depuis le large, se donne différemment qu’au bout d’une route, elle se révèle dans sa continuité, dans la succession de ses caps et de ses golfs, dans la façon dont la montagne descend parfois directement dans la mer sans laisser place à aucune transition. Le tour complet représente environ six cents kilomètres de côte, sans compter les détours vers les criques et les îlots qui jalonnent le parcours. Comptez deux à trois semaines pour le vivre sans précipitation, avec le sentiment d’avoir effleuré quelque chose de rare  une île qui résiste encore, par son relief et sa nature, à la banalisation du tourisme de masse.

Préparer le tour, logistique, saisons et état d’esprit

Entreprendre le tour de la Corse en catamaran ne s’improvise pas, mais il ne réclame pas non plus une préparation d’expédition polaire. L’essentiel tient dans trois paramètres, la saison, le type d’embarcation et la souplesse de l’itinéraire. La Corse est une île à vents, et ses côtes exposées peuvent se montrer hostiles pour qui ne respecte pas leurs humeurs. Le cap Corse au nord, le détroit de Bonifacio au sud  ces deux zones concentrent l’essentiel des difficultés météorologiques et exigent une attention particulière à la météo marine.

La meilleure fenêtre pour le tour complet s’étend de la mi-mai à fin juin, puis de mi-août à fin septembre. Le mois de juin offre un équilibre presque parfait, les eaux sont déjà bien tempérées, les mouillages encore accessibles sans réservation, et la lumière du soir sur les falaises possède cette douceur dorée qui fait les meilleures photographies de voyage. Juillet et la première quinzaine d’août restent navigables, mais les marinas saturent, les plages les plus célèbres perdent leur quiétude et certains mouillages sauvages deviennent difficiles à trouver libres en fin de journée.

Le catamaran s’impose comme la plateforme idéale pour ce type de périple. Sa stabilité sur les deux coques rassure les équipages inexpérimentés, son tirant d’eau réduit permet d’approcher les criques peu profondes sans crainte d’échouage, et ses espaces de vie généreux  carré, cockpit, filet avant  transforment la croisière en une véritable vie à bord, avec ses rituels, ses repas partagés et ses siestes bercées par le clapotis. Ajaccio, Bastia, Porto-Vecchio et Bonifacio sont les principales marinas de départ et d’arrivée, selon que l’on préfère commencer par le nord ou par le sud. La plupart des navigateurs chevronnés recommandent de partir d’Ajaccio en remontant vers le nord, pour profiter des vents dominants dans le sens de la navigation.

Le cap Corse, la péninsule qui se mérite

Le cap Corse est une presqu’île à nul autre pareil sur le littoral méditerranéen. Cette langue de terre étroite qui s’avance sur quarante kilomètres vers le nord, entre mer Tyrrhénienne et mer Ligure, constitue l’étape la plus sauvage et la plus émotionnellement intense du tour de l’île. Les villages de pêcheurs accrochés aux flancs de la montagne, les tours génoises qui veillent sur les criques depuis le XVe siècle, les marines minuscules où quelques bateaux de plaisance voisinent avec les pointus des derniers pêcheurs locaux  tout cela compose un tableau d’une authenticité rare.

La côte ouest du cap, entre Saint-Florent et Centuri, est moins fréquentée que la côte orientale et réserve des surprises à ceux qui l’approchent par la mer. La marine de Giottani, la crique de Tollare, le port de Centuri avec ses casiers à langoustes empilés sur le quai  autant d’escales modestes mais inoubliables. Centuri est réputé pour ses langoustes, servies dans les restaurants du port avec une simplicité qui n’a rien à envier aux tables étoilées, un citron, un peu d’huile d’olive, la mer en fond de décor.

La pointe nord du cap, celle de la Serra, est un passage délicat par mer formée. Le courant, la houle réfractée et les rafales imprévisibles en font une zone à ne jamais aborder sans une météo favorable et un skipper attentif. Mais par beau temps, contourner cette extrémité septentrionale de la Corse et regarder l’île basculer vers l’est est un moment de navigation pure, intensément satisfaisant, qui justifie à lui seul l’ensemble du projet.

Bastia et la Haute-Corse, entre patrimoine génois et maquis littoral

Après le contournement du cap, Bastia apparaît comme une récompense méritée. La capitale économique de la Corse déploie sa façade maritime depuis le vieux port, encadré par les maisons hautes aux façades ocre et les ruelles du quartier Terra Vecchia. Le vieux port de Bastia, plus accessible aux petits tirants d’eau, est préférable à la marina moderne pour qui veut vivre la ville de l’intérieur  à quelques pas des terrasses de la place Saint-Nicolas, des épiceries fines débordant de charcuterie et de fromages locaux, des cafés où la langue corse se mêle au français dans un murmure continu.

En quittant Bastia vers le sud, la côte orientale de la Corse s’étire en une longue plaine littorale qui contraste fortement avec la montagne intérieure. Les étangs côtiers de la plaine orientale  Biguglia, Diana, Urbino, Palo  sont autant de zones humides précieuses, peuplées de flamants roses et de hérons cendrés que l’on aperçoit depuis la mer avec un sentiment d’improbable exotisme. La navigation sur cette portion est plus ouverte, moins spectaculaire que le cap Corse, mais l’approche de la Haute-Corse par le sud réserve de belles surprises.

La marine d’Aleria, l’antique cité grecque puis romaine dont les ruines dominent la plaine, est une escale historique à ne pas négliger. Mouiller dans les environs et prendre le temps d’une visite à terre permet de replacer le tour de l’île dans une perspective plus longue  celle d’un territoire habité et traversé depuis des millénaires par des peuples qui, eux aussi, voyaient dans la mer une route autant qu’une frontière.

Porto et les calanques, le cœur volcanique de la Corse

En remontant vers le nord-ouest après avoir doublé la pointe sud, la côte de la Corse change de nature une nouvelle fois. Passé Ajaccio et son golfe majestueux, la route maritime vers Porto conduit vers l’un des paysages les plus extraordinaires de toute la Méditerranée. Les calanques de Piana, classées au patrimoine mondial de l’UNESCO, se dressent depuis la mer en une muraille de porphyre rouge et orangé dont les formes torturées  aiguilles, arches, colonnes  semblent sculptées par une main démesurée.

Naviguer au pied des calanques de Piana est une expérience qui remet les proportions à leur place. Le catamaran, pourtant loin d’être un petit bateau, paraît dérisoire face à ces parois qui plongent dans la mer sur plusieurs dizaines de mètres. La lumière du matin, rasante et chaude, incendie le porphyre d’une teinte entre le sang et l’or que l’on ne retrouve nulle part ailleurs sur le littoral corse. Les grottes marines accessibles en annexe, dont la grotte de Ficajola, permettent de pénétrer dans le cœur de cette roche millénaire dans un silence que seul le clapotis vient troubler.

Le golfe de Porto lui-même est une escale de choix. La marine de Porto, avec sa tour génoise du XVIe siècle qui domine l’entrée de la rivière, est l’un des sites les plus photographiés de l’île. La plage de galets noirs, caractéristique des plages volcaniques de la côte ouest, contraste avec le sable blanc des plages du sud dans une palette chromatique qui résume à elle seule la diversité géologique de la Corse. Les fonds du golfe, riches en mérous et en corbs, attirent les plongeurs de toute l’Europe et méritent une demi-journée de snorkeling avant de reprendre la route maritime vers le nord.

Le golfe de Girolata et la réserve de Scandola, l’escale interdite aux voitures

Entre Porto et Calvi se glisse l’une des portions de côte les plus sauvages et les plus préservées du bassin méditerranéen. La réserve naturelle de Scandola, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1983, est accessible uniquement par mer  aucune route, aucun sentier n’y conduit. Cette inaccessibilité terrestre est la meilleure protection qu’un territoire puisse avoir, et le résultat est visible à l’œil nu, les fonds marins de Scandola comptent parmi les plus riches de Méditerranée, les coraux y prolifèrent, les mérous y atteignent des tailles rarement observées ailleurs, et le balbuzard pêcheur  rapace emblématique dont la population corse est l’une des dernières en Méditerranée  y niche en toute tranquillité.

Naviguer dans la réserve de Scandola impose le respect de règles strictes, vitesse réduite, mouillage interdit sauf sur bouées agréées, pêche prohibée, accès à certaines zones réglementé selon les saisons. Ces contraintes sont la contrepartie directe de la beauté du site  une beauté que l’on apprécie d’autant plus qu’elle est manifestement protégée. Les falaises de roche noire et rouge plongent dans une eau d’un vert profond, creusées de grottes et de surplombs où les cormorans huppés sèchent leurs ailes en silence.

Le golfe de Girolata, enclave maritime accessible uniquement par mer ou à pied depuis les hauteurs, est une escale d’exception que tout circumnavigateur corse se doit de marquer sur sa carte. Ce hameau de quelques dizaines d’habitants permanents, dominé par une tour génoise et entouré d’une végétation dense, possède une quiétude hors du temps. Un restaurant, quelques maisons colorées, des chèvres qui déambulent sur le quai  et une mer d’une transparence si absolue que les fonds sont visibles par six mètres de fond.

Calvi, l’Île-Rousse et le retour vers le sud, la boucle se referme

La remontée vers Calvi offre une transition progressive entre la sauvagerie de Scandola et la douceur des stations balnéaires du nord de l’île. La citadelle de Calvi, posée sur son promontoire rocheux au-dessus d’une rade en demi-cercle parfait, est l’une des silhouettes maritimes les plus reconnaissables de la Corse. La marina est bien équipée, animée, et la ville propose une offre de restauration et de vie nocturne qui contraste agréablement avec les nuits étoilées des mouillages sauvages des jours précédents.

L’Île-Rousse, quelques milles plus à l’est, mérite une courte escale pour son marché couvert et ses ruelles provençales qui rappellent que la Corse fut longtemps sous influence génoise avant de s’ancrer dans l’orbite française. La promenade Paoli, bordée de platanes centenaires, descend vers le port dans une atmosphère détendue et parfumée que les navigateurs de passage apprécient comme une respiration entre deux étapes maritimes.

La descente vers Ajaccio par la côte ouest, après avoir bouclé le cap Corse et longé les rivages orientaux, est la dernière ligne droite d’un tour que l’on n’a pas envie de terminer. Les golfes s’enchaînent  Sagone, Lava, les approches d’Ajaccio  dans une lumière de fin d’après-midi qui dore les collines couvertes de maquis et réfléchit ses teintes cuivrées sur une mer enfin calmée. Rentrer au port d’Ajaccio après deux à trois semaines de tour complet, c’est ranger les amarres avec la conviction que la Corse vue depuis la mer n’est pas une île comme les autres  c’est une île entière, complexe et généreuse, qui s’est livrée progressivement, crique par crique, cap par cap, comme seules les belles choses savent le faire.

Se marier sur un catamaran géant, la Corse comme décor d’une vie

Il y a des mariages que l’on oublie sitôt la fête terminée, et d’autres qui s’impriment dans la mémoire de tous les invités pour des décennies. Ceux qui choisissent la Corse comme écrin de leur union, et un catamaran géant comme lieu de cérémonie, appartiennent résolument à la seconde catégorie. L’idée peut sembler extravagante  et c’est précisément ce qui la rend inoubliable.

Les catamarans de grande taille, à partir de quinze à dix-huit mètres, offrent des espaces de réception suffisamment vastes pour accueillir entre vingt et cinquante convives dans des conditions de confort et d’élégance comparables à celles d’un lieu terrestre haut de gamme. Le pont principal se transforme en espace de cérémonie, les filières habillées de fleurs et de voiles de lin blanc, tandis que le cockpit arrière devient un salon de cocktail naturellement ouvert sur la mer. Le filet avant, tendu entre les deux coques, offre quant à lui un coin de détente suspendu au-dessus de l’eau  un décor que nul architecte d’intérieur ne pourrait concevoir à ce prix.

En Corse, plusieurs prestataires spécialisés dans l’événementiel maritime proposent des formules clés en main pour les mariages en mer. La cérémonie laïque à bord est la plus courante, célébrée au mouillage dans une crique choisie pour sa beauté ou sa signification personnelle  une plage où les futurs époux se sont rencontrés, un golfe aperçu ensemble lors d’un voyage précédent. Le tour en navigation, lui, transforme le repas de noces en croisière privée le long des plus beaux rivages de l’île, avec une escale baignade pour les convives les plus téméraires.

La gastronomie joue un rôle central dans ce type d’événement. Les traiteurs corses haut de gamme proposent des menus construits autour des produits du territoire  prisuttu, fromages de brebis affinés en cave, langoustes du cap Corse, vins de Figari ou de Patrimonio  servis sur le pont dans la lumière dorée de fin d’après-midi, avec la Méditerranée pour toile de fond. Aucune salle de réception, aussi luxueuse soit-elle, ne peut rivaliser avec ce cadre-là.

Le coucher de soleil sur la mer corse, à bord d’un catamaran ancré devant les falaises de Bonifacio ou dans le silence du golfe de Girolata, est le moment que tous les couples retiennent. Le ciel bascule dans le rose et l’orange, les verres s’entrechoquent doucement au rythme du clapotis, et la Corse tient toutes ses promesses  celles d’une île qui sait, mieux que nulle autre, donner à l’instant une densité et une beauté qui se passent de tout commentaire. Le tour de la Corse en catamaran n’est pas une simple croisière de vacances  c’est une initiation. Celle d’une île qui se refuse aux regards pressés et qui récompense la patience des navigateurs par des paysages d’une diversité et d’une intensité que peu de destinations méditerranéennes peuvent égaler. Les calanques de Piana, la réserve de Scandola, le détroit de Bonifacio, la péninsule du cap Corse, les mouillages secrets de la côte ouest  autant de chapitres d’un même récit maritime dont on revient changé, avec l’envie irrépressible d’y retourner dès la saison suivante. La Corse depuis la mer n’a pas de fin. Elle a seulement des débuts, à reprendre encore et encore.

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