La Corse

Vacances en Corse sur Île de beauté

Visiter la Corse en 6 jours, le programme idéal pour découvrir l’île de Beauté

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Six jours en Corse. Ce n’est pas assez pour tout voir, tout le monde le sait, mais c’est largement suffisant pour tomber définitivement amoureux d’une île qui ne ressemble à aucune autre en Méditerranée. La Corse est un continent miniature, en quelques heures de route, le voyageur passe de plages de sable blanc digne des Caraïbes à des gorges de granit vertigineux, de villages de schiste perchés à deux mille mètres d’altitude à des ports animés où les yachts côtoient les barques de pêcheurs. Organiser six jours sur cette île exige des choix, et tout choix implique des renoncements douloureux. Le programme qui suit est une invitation à traverser la Corse en diagonale, du nord au sud, en mordant généreusement dans sa diversité sans jamais sacrifier la qualité de la découverte à la quantité des sites cochés sur une liste.

Jours 1 et 2, Bastia, le Cap Corse et la Balagne, l’âme du nord corse

Arriver à Bastia par le port ou par l’aéroport de Poretta, c’est entrer dans la Corse par une porte qui donne immédiatement le ton, celle d’une île qui n’a pas cherché à se rendre aimable à tout prix, mais qui impose son caractère avec une confiance tranquille. Bastia est une ville de tête plutôt que de carte postale. Ses façades italiennes aux tons passés de jaune, d’ocre et de rose pâle qui bordent le vieux port, sa citadelle génoise qui domine la mer depuis son éperon basaltique, ses marchés du matin place du Marché où les paysans des villages voisins déposent leurs fromages de brebis et leurs tomates cornues, tout cela compose une urbanité corse authentique que les voyageurs pressés ont tort de négliger.

La première demi-journée à Bastia se passe naturellement dans la Terre-Vieille, ce quartier historique qui court entre la place Saint-Nicolas et le port de pêche. Le soir, les restaurants du port proposent des poissons de la journée préparés avec une simplicité qui en révèle toute la qualité, un loup grillé aux herbes du maquis, une assiette de beignets de courgettes au brocciu, un verre de patrimonio blanc dont la fraîcheur saline accompagne parfaitement les saveurs iodées.

Le deuxième jour est consacré au Cap Corse, cette presqu’île de quarante kilomètres qui s’avance vers Gênes comme un index tendu. La route qui en fait le tour, étroite, sinueuse et spectaculaire, alterne les vues sur une côte ouest abrupte et sauvage et une côte est plus douce, parsemée de marines tranquilles aux maisons de serpentine verte. Centuri et son port de pêche où les langoustes sont légendaires, Nonza et sa tour génoise au-dessus de la plage de sable gris-noir, Canari et ses panoramas vertigineux sur la Méditerranée, une journée entière suffit à peine pour absorber la densité de ce territoire qui est une Corse dans la Corse.

En fin de deuxième journée, la route descend vers la Balagne en longeant la côte ouest. Île Rousse apparaît dans la lumière de fin d’après-midi, ses toits rouges et l’îlot de porphyre rouge de la Pietra composant une image d’arrivée dont la douceur contraste avec la rudesse du Cap. On y dîne, on y dort, et on comprend pourquoi tant de voyageurs font de ce bout de Balagne leur base corse annuelle.

Jour 3, Calvi, la Balagne et ses villages perchés

Calvi mérite sa réputation. Sa citadelle génoise, posée sur un promontoire qui avance dans la mer comme la proue d’un navire immobile, est l’une des plus impressionnantes de toute la Corse. La vue depuis ses remparts sur la baie, avec le sable blond de la plage qui s’incurve sur plusieurs kilomètres et les sommets enneigés du Monte Cinto qui ferment l’horizon au-dessus du maquis, est l’une de ces perspectives qui méritent qu’on s’assoie et qu’on regarde longuement, sans chercher à faire autre chose.

La matinée à Calvi se passe entre la citadelle et les terrasses du bas de la ville, où les cafés proposent leurs petits-déjeuners face à la marina animée. L’après-midi appartient à la Balagne de l’intérieur, ce territoire de collines couvertes d’oliviers et de vignes que les villages perchés dominent depuis leurs éperons de granit. Pigna, avec ses ateliers d’artisans et sa vocation musicale, est la première étape incontournable. Le luthier qui fabrique des cetera corses dans sa boutique de la ruelle principale est une rencontre à ne pas manquer, ses instruments, construits selon des techniques ancestrales, produisent des sons d’une beauté mélancolique que la polyphonie corse sait utiliser avec un génie particulier.

Sant’Antonino, classé parmi les plus beaux villages de France, mérite une halte de milieu d’après-midi. Ses ruelles labyrinthiques, sa terrasse panoramique sur le golfe de Calvi et la qualité de ses artisans et restaurateurs en font une expérience de village corse authentique dans ce qu’elle a de plus raffiné. Le coucher du soleil sur les collines balanines depuis ces hauteurs est une récompense que les photographes amateurs s’approprient avec une satisfaction méritée.

Jour 4, Porto, les calanques de Piana et les gorges de Spelunca

Le quatrième jour est le plus spectaculaire du programme, celui où la Corse se révèle dans sa dimension géologique la plus dramatique. La route qui relie Calvi à Porto en longeant la côte ouest est l’une des plus belles de toute l’île, mais elle exige du conducteur une attention totale et des passagers une acceptation sereine des à-pics et des virages en épingle à cheveux qui se succèdent au-dessus d’une mer alternativement bleue et noire selon la profondeur.

Porto, marine encaissée au fond d’un golfe cerclé de granite rouge, est le point de départ naturel pour les calanques de Piana. Ces formations géologiques classées au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1983 constituent l’une des curiosités naturelles les plus photographiées de Méditerranée, et la réalité dépasse toujours les photographies. Les aiguilles de granite orange flamboyant qui s’élèvent à plusieurs dizaines de mètres au-dessus de la mer prennent selon l’heure des teintes qui vont du rose pâle à l’aube au rouge brique au coucher du soleil, en passant par un orange saturé de milieu de journée qui ressemble à de la lave refroidie.

Une excursion en bateau depuis la marine de Porto vers les calanques est vivement recommandée en complément de la visite terrestre. La perspective depuis la mer révèle des formations et des couleurs que la route ne permet pas d’apprécier, et les arrêts baignade dans des criques inaccessibles par voie terrestre ajoutent une dimension marine à ce qui reste avant tout un paysage minéral.

Les gorges de Spelunca, à quelques kilomètres de Porto en remontant vers l’intérieur, offrent un contrepoint saisissant aux calanques côtières. Ce canyon creusé dans le granite par le Porto et le Tavulella descend vers la mer en serpentant entre des parois de plusieurs centaines de mètres, jalonnées de ponts génois en dos d’âne dont la construction soignée témoigne d’une maîtrise de l’ingénierie insulaire qui force l’admiration. Un sentier pédestre longe les gorges depuis le village d’Ota jusqu’à Évisa, au milieu d’une forêt de châtaigniers et de pins laricio dont la fraîcheur contraste avec la chaleur de la côte.

La réserve de Scandola, le joyau inaccessible de la Corse classé au patrimoine mondial de l’UNESCO

Il existe sur la côte ouest de la Corse un territoire que la route ne dessert pas, que le sentier n’atteint pas et que seule la mer permet d’approcher, à distance réglementaire, avec la déférence que l’on doit aux lieux vraiment sacrés. La réserve naturelle de Scandola, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1983 dans le cadre d’un bien exceptionnel qui inclut les calanques de Piana et le golfe de Porto, est l’un des rares espaces naturels méditerranéens qui donnent encore l’impression que la nature a gagné. Définitivement, souverainement, sans appel.

La réserve s’étend sur environ neuf cents hectares terrestres et une superficie marine équivalente, formant un bloc de protection intégrale que les activités humaines ne peuvent pénétrer qu’avec des autorisations strictement encadrées. La géologie qui constitue ce territoire est d’une beauté et d’une ancienneté qui imposent le silence, des rhyolites et des porphyres volcaniques dont les couleurs vont du rouge sang au violet profond, en passant par des noirs brillants et des oranges brûlés, formés il y a quelque deux cent cinquante millions d’années lors d’éruptions dont l’intensité dépasse toute imagination contemporaine. Ces roches, sculptées depuis par l’érosion marine et les cycles de gel et de dégel, présentent des formes d’une fantaisie géologique absolument remarquable, arches naturelles, grottes marines profondes, colonnes de lave refroidie, parois verticales creusées d’alvéoles que les oiseaux marins ont naturellement adoptées comme sites de nidification.

Car c’est la faune aviaire qui constitue la signature la plus précieuse de Scandola. Le balbuzard pêcheur, rapace marin dont la population européenne est l’une des plus vulnérables du continent, y niche en nombre appréciable, protégé par l’éloignement et la réglementation qui maintient les embarcations à une distance suffisante pour ne pas perturber ses cycles de reproduction. Observer depuis le pont d’un bateau ces oiseaux majestueux fondre sur la mer depuis vingt ou trente mètres de hauteur et ressortir de l’eau avec un poisson dans les serres est l’un des spectacles naturalistes les plus intenses que la Méditerranée occidentale autorise encore. Le cormoran huppé, dont la silhouette reconnaissable aux aigrettes de son plumage nuptial peuple les rochers en compagnie des goélands leucophées, complète ce tableau aviaire d’une richesse que les ornithologues du continent traversent parfois spécialement pour observer.

Sous la surface, les fonds marins de la réserve de Scandola sont dans un état de conservation que les scientifiques qualifient sans exagération d’exceptionnel à l’échelle méditerranéenne. Les herbiers de posidonie y couvrent les fonds sableux avec une densité et une vitalité que les zones non protégées ne présentent plus depuis des décennies. Les mérous bruns, espèce dont la disparition progressive du reste de la Méditerranée témoigne de la pression de la pêche illégale, circulent ici avec une sérénité de propriétaires parfaitement conscients de leurs droits. Les excursions en bateau depuis Porto ou depuis les calanques de Piana vers Scandola constituent l’une des grandes expériences naturelles de tout séjour en Corse, approcher en silence ces falaises de rhyolite rouge qui plongent dans une eau d’un bleu profond absolu, comprendre par les yeux et par le corps pourquoi ce lieu mérite la protection absolue qu’on lui accorde, et rentrer au port avec la conviction que la beauté de la Corse tient aussi à ces espaces qu’elle a eu la sagesse de mettre hors d’atteinte.

Jour 5, Ajaccio, le golfe et les îles Sanguinaires

Ajaccio est une capitale qui s’assume pleinement, avec la confiance d’une ville qui sait qu’elle possède à la fois l’héritage impérial le plus célèbre de l’île et l’un des plus beaux golfes de toute la Méditerranée. Arriver par la route depuis Porto en longeant la côte, c’est découvrir la ville progressivement, depuis les hauteurs qui dominent le golfe, avant que la descente vers les quais ne plonge le voyageur dans l’animation d’un chef-lieu méditerranéen authentique.

La matinée à Ajaccio se passe entre la maison Bonaparte, où naquit Napoléon en 1769 et qui conserve le mobilier et les objets personnels de la famille avec une intimité touchante, et les ruelles du quartier ancien qui s’étirent entre la cathédrale et le bord de mer. Le marché du matin, sur la place du Marché et sous les halles, est une plongée immédiate dans la Corse quotidienne, fromages, charcuteries, poissons de la nuit, légumes du jardin, miel de châtaignier ou de maquis, vins des domaines environnants. Une heure passée ici vaut tous les musées ethnographiques.

L’après-midi est dédiée aux îles Sanguinaires. Ces quatre îlots de granite rouge orangé qui gardent l’entrée ouest du golfe d’Ajaccio s’admirent depuis la route des Sanguinaires, longue promenade côtière bordée de pins et de restaurants de plage, ou depuis la mer en empruntant l’une des nombreuses navettes qui partent du vieux port en début d’après-midi. Au coucher du soleil, depuis le cap de la Parata ou depuis le pont d’un bateau qui mouille dans l’alignement des îlots, le spectacle chromatique des Sanguinaires qui s’embrasent dans les derniers rayons du jour est l’une des images les plus puissantes que la Corse puisse offrir à un voyageur en six jours de découverte.

La soirée à Ajaccio mérite qu’on s’y attarde. Les restaurants du cours Napoléon et du vieux port proposent une gastronomie qui fait honneur à une ville habituée à recevoir des visiteurs exigeants, langouste aux herbes corses, cabri rôti au four avec des pommes de terre à la graisse de châtaigne, tiramisu au brocciu et citron, une cuisine qui sait se montrer inventive sans trahir ses racines.

Jour 6, Bonifacio, les falaises et une dernière plongée dans le grand Sud

Le sixième jour est celui de Bonifacio, et il faut lui consacrer la journée entière pour lui rendre justice. La ville des falaises, la plus spectaculaire de toute la Corse dans sa configuration naturelle, mérite qu’on lui accorde toutes les heures disponibles avant le retour vers l’aéroport de Figari ou de Bastia.

La matinée commence par la haute ville, accessible depuis le port basse en empruntant la montée Saint-Roch ou l’escalier du Roy d’Aragon. Les remparts, les ruelles, l’église Sainte-Marie-Majeure et la loggia, un itinéraire de deux à trois heures suffit à parcourir l’essentiel d’une citadelle dont la densité historique surprend toujours par sa richesse dans un périmètre aussi restreint.

La fin de matinée est consacrée à une excursion en bateau depuis le port basse vers les grottes marines et les falaises calcaires vues depuis la mer. Cette inversion du regard, depuis l’eau vers les falaises plutôt que depuis les remparts vers l’horizon, est une révélation, la ville devient une falaise habitée, une prouesse d’urbanisme médiéval suspendue au-dessus du vide, que la mer seule permet de mesurer dans toutes ses dimensions.

L’après-midi, si le programme de retour le permet, une heure de route vers le nord conduit jusqu’à la plage de Rondinara, dernière halte balnéaire d’un séjour qui se termine comme il a commencé, dans l’émerveillement face à une île qui, même en six jours intenses et bien remplis, n’a pas fini de livrer ses secrets.

Six jours en Corse, une vie de souvenirs

Rentrer de six jours en Corse dans des luxueux hôtels avec le sentiment d’avoir tout vu serait un mensonge que l’île elle-même se chargerait de corriger au prochain voyage. Ce programme est une traversée, pas un inventaire. Il offre un aperçu généreux d’une diversité géographique et culturelle qui n’a pas d’équivalent à cette échelle en Méditerranée, mais il laisse délibérément de côté des territoires entiers qui mériteraient chacun un séjour dédié, les gorges de la Restonica, les forêts de Vizzavona, le Sartenais sauvage, la Costa Verde et ses étangs peuplés de flamants, l’Alta Rocca et ses villages de granite. C’est peut-être là le plus beau cadeau que la Corse fait à ceux qui la visitent pour la première fois en six jours, leur donner envie, dès le retour, de commencer à planifier le prochain voyage. Une île qui crée cette addiction douce et persistante est une île qui a réussi quelque chose de rare, être à la hauteur de sa légende.

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