Calvi se tient comme une sentinelle au bord de la mer, citadelle perchée sur un promontoire rocheux, plage de sable blanc qui s’étire vers le sud, et derrière, tout de suite, la montagne qui monte. Cette ville de la Balagne, lovée dans son golfe protégé, n’est pas seulement une destination balnéaire, elle est le point de départ vers des sentiers qui traversent un paysage d’une diversité remarquable. Entre mer et montagne, entre villages perchés et crêtes venteuses, les randonnées autour de Calvi offrent au marcheur une palette de paysages qui change à mesure que le terrain s’élève. On passe du bleu profond de la mer au vert dense du maquis, puis au gris des rochers de haute altitude. Pour celui qui aime marcher, Calvi est une promesse tenue. Dans ces pages, nous vous accompagnons sur les sentiers les plus beaux qui entourent cette ville de pierre blanche, des chemins qui portent en eux l’histoire, la lumière et la beauté de la Balagne.
Le sentier de la presqu’île de la Revellata, marcher entre terre et mer
Il existe des promenades qui ne demandent pas d’effort particulier et qui récompensent pourtant avec une générosité surprenante. Le sentier qui mène à la presqu’île de la Revellata, au nord de Calvi, est l’un d’entre eux. Ce chemin côtier, qui longe le littoral depuis la plage de Calvi jusqu’à la pointe rocheuse où se dresse le phare, offre un panorama continu sur la mer, une mer d’un bleu qui tire vers le turquoise dans les zones peu profondes, et qui devient presque noir là où le fond descend abruptement. Le départ se fait depuis les abords de la ville, non loin du port de plaisance. Le sentier commence à plat, longeant la baie dans une lumière qui, le matin, est d’une douceur presque irréelle. À droite, la mer bat contre les rochers avec une régularité qui accompagne le marcheur comme une respiration. À gauche, le maquis s’étend, lentisques, arbousiers, genévriers, et diffuse ce parfum poivré qui caractérise la végétation méditerranéenne.

Les abeilles, en été, bourdonnent dans les fleurs de cistus, et parfois un lézard traverse le sentier dans un éclair vert. À mesure que le chemin avance, le paysage change. La baie de Calvi se rétrécit dans le regard, et la presqu’île de la Revellata commence à prendre forme, une avancée de terre rocheuse, couverte d’une végétation basse, qui se termine par le phare blanc. Ce phare, construit au XIXe siècle, domine la pointe et sert depuis toujours de repère aux navigateurs qui entrent dans le golfe. Vu depuis la terre, il se découpe sur le ciel avec une netteté qui semble appartenir à un autre temps. Le sentier monte légèrement avant d’atteindre la pointe. De là-haut, le regard embrasse un panorama immense, vers le sud, le golfe de Calvi avec sa citadelle et ses plages ; vers le nord, le littoral sauvage qui se prolonge jusqu’aux montagnes de la Balagne ; et au-delà, par temps clair, on aperçoit même les côtes de la France continentale. C’est un point de vue qui résume toute la position géographique de Calvi, une ville entre deux mondes, entre l’île et le continent, entre la mer et la terre.
Le retour se fait par le même chemin, mais dans l’autre sens, et le paysage se montre différent. La lumière a changé, le soleil est plus haut, et les ombres se sont déplacées. Cette randonnée, accessible à tous les niveaux, reste l’une des plus populaires auprès des visiteurs de Calvi, non pas pour sa difficulté, mais pour cette façon qu’elle a de mettre en scène le dialogue entre la terre et l’eau, entre la pierre et le ciel.
Notre-Dame de la Serra, monter vers la colline qui veille sur Calvi
À quelques kilomètres au sud-ouest de Calvi, une colline domine la région, celle de Notre-Dame de la Serra. Au sommet, une petite chapelle blanche se tient depuis le XVe siècle, protégée par une statue monumentale de la Vierge qui regarde vers la mer. Le sentier qui monte jusqu’à ce lieu de pèlerinage est l’une des randonnées classiques de la région, courte, accessible, mais suffisamment élevée pour offrir un point de vue qui fait oublier l’effort. Le départ peut se faire depuis Calvi même, en suivant une route qui monte progressivement à travers le maquis, ou depuis un parking aménagé à mi-hauteur pour ceux qui préfèrent raccourcir le trajet.
Le chemin est balisé et bien entretenu, il serpente entre les rochers recouverts de mousses et de lichens, traverse des zones d’ombre sous les pins maritimes, puis débouche sur des crêtes dégagées où le vent souffle avec une constance qui rappelle l’altitude. À mesure que le sentier s’élève, le panorama commence à se révéler. Vers le nord, on aperçoit le golfe de Calvi dans toute sa longueur, la ville, la citadelle, la plage qui s’étire comme un ruban blanc, et au-delà, la presqu’île de la Revellata. Vers l’est, les montagnes de la Balagne montent en vagues successives, couvertes de forêts vertes qui se transforment en crêtes nues à haute altitude. Vers le sud, la vallée descend doucement vers le littoral, parsemée de villages qui se devinent à peine entre les collines. Le sommet, une fois atteint, offre une vue à trois cent soixante degrés. La chapelle, simple et blanche, se tient à l’ombre de la statue de la Vierge, une sculpture de granite qui domine le paysage avec une présence à la fois protectrice et silencieuse. Les pèlerins viennent ici depuis des siècles, et l’on sent, dans l’atmosphère du lieu, cette accumulation de passages, de prières, de regards tournés vers l’horizon.

À l’intérieur de la chapelle, les ex-voto accrochés aux murs témoignent de la dévotion locale, photographies de marins, plaques de remerciement, petits objets laissés par des visiteurs qui sont venus chercher ici un moment de recueillement. Cette randonnée, qui ne dure guère plus d’une heure à l’aller, est idéale pour une fin d’après-midi, la lumière, à ce moment de la journée, est dorée, et le coucher de soleil depuis le sommet de Notre-Dame de la Serra est un spectacle à ne manquer sous aucun prétexte. Le ciel passe du jaune au rose, puis au pourpre, et la mer se teinte de reflets cuivrés qui changent à mesure que le soleil descend vers l’horizon.
Les crêtes de Lumio, un sentier entre ciel et Balagne
Lumio est un village perché à quelques kilomètres au sud-est de Calvi, accroché à une colline qui domine la vallée de la Balagne. Les maisons de pierre grise se serrent autour de l’église, et depuis la place du village, le regard s’étend jusqu’à la mer. Mais Lumio est aussi le point de départ d’une randonnée qui monte vers les crêtes, un sentier qui s’élève progressivement à travers le maquis, puis à travers une forêt de chênes verts, avant de déboucher sur des hauteurs d’où le paysage se révèle dans toute son ampleur. Le sentier commence depuis le village, en suivant un chemin qui monte en lacets entre les maisons anciennes. Les premières minutes sont raides, le sol est caillouteux, et le soleil, en été, tape fort sur la nuque. Mais la montée se fait dans une odeur de thym et de romarin qui adoucit l’effort. À mesure que le chemin s’élève, le village de Lumio se fait plus petit dans le regard, et le golfe de Calvi commence à apparaître au-delà de la colline.

Le sentier traverse ensuite une forêt de chênes, un passage ombragé, frais même en plein été, où le sol est recouvert de feuilles mortes et où le silence est rompu seulement par le chant des oiseaux. Cette forêt est ancienne, les troncs sont épais, tordus par le vent et par les siècles, et la lumière qui filtre à travers le couvert crée des flaques de clarté sur le sol. On avance dans une atmosphère presque irréelle, comme suspendu entre deux mondes. Puis le sentier débouche sur les crêtes. Le paysage change radicalement, la forêt cède la place à une lande basse, couverte de bruyères et de genêts, et le vent souffle avec une force qui rappelle l’exposition de ces hauteurs. Le regard, ici, s’étend sur plusieurs dizaines de kilomètres, vers l’ouest, le golfe de Calvi et la mer qui brille dans le soleil ; vers l’est, les montagnes de la Balagne qui montent en vagues successives ; vers le sud, les vallées qui descendent doucement vers le littoral, parsemées de villages qui semblent posés là comme des jouets.
Cette randonnée, qui dure entre trois et quatre heures selon le rythme, est réservée aux marcheurs habitués, les dénivelés sont importants, et le terrain est parfois technique. Mais pour ceux qui aiment la montagne et qui cherchent un point de vue sur la Balagne qui sorte de l’ordinaire, ce sentier est une promesse tenue. Le retour se fait par le même chemin, et le village de Lumio, à l’arrivée, offre une terrasse ombragée et un verre d’eau fraîche deux choses qui, à ce moment, semblent les plus précieuses du monde.
Le sentier des villages perchés, de Calvi à Sant’Antonino par les crêtes
La Balagne est célèbre pour ses villages perchés, ces bourgs de pierre grise accrochés aux collines, qui dominent la vallée avec une présence qui semble défier le temps. L’un des sentiers les plus remarquables de la région relie plusieurs de ces villages en un itinéraire de plusieurs jours, mais il est possible d’en faire des tronçons plus courts pour une journée de marche. Le tronçon qui va de Calvi à Sant’Antonino, l’un des villages les plus anciens de la Corse, est particulièrement recommandé. Le départ se fait depuis les hauteurs de Calvi, en suivant un chemin qui monte à travers les collines couvertes de maquis. Le sentier est ancien, il a été utilisé pendant des siècles par les bergers et les paysans qui circulaient entre les villages de la région.
Aujourd’hui, il est balisé et entretenu, mais son caractère sauvage reste intact. On marche sur des pierres usées par le passage des hommes et des bêtes, entre des murets de pierre sèche qui délimitent d’anciennes parcelles de culture, et parfois on croise une bergerie abandonnée, recouverte de lierre et de mousses. Le paysage change à mesure que le sentier progresse. Les collines se succèdent, le regard s’étend, et les villages apparaissent au loin comme des points de pierre blanche posés sur les crêtes. Le premier village que l’on atteint est souvent Cateri, un bourg modeste mais charmant, où les habitants accueillent les marcheurs avec une hospitalité qui ne se force jamais. Un verre d’eau, un bonjour, un regard bienveillant, ces petites choses font partie de l’expérience. Le sentier continue vers Sant’Antonino, un village classé parmi les plus beaux de France, et pour cause. Perché sur un piton rocheux à plus de cinq cents mètres d’altitude, Sant’Antonino domine la Balagne avec une présence qui impressionne dès le premier regard. Les ruelles sont pavées, étroites, et montent en spirale vers le sommet du village. Les maisons sont en granite, avec des toits de lauzes, et les portes anciennes portent encore les traces des artisans qui les ont sculptées il y a plusieurs siècles. Au sommet, une petite place offre un panorama qui s’étend jusqu’à la mer, le golfe de Calvi, le littoral qui se prolonge vers le nord, et au-delà, les montagnes de la Haute-Corse.

Cette randonnée, qui peut se faire en une journée pour les marcheurs entraînés, demande une bonne préparation, les dénivelés sont importants, le terrain est parfois caillouteux, et il faut prévoir suffisamment d’eau et de provisions. Mais pour ceux qui cherchent à découvrir la Balagne dans sa profondeur, loin des routes touristiques, dans une intimité avec le paysage qui ne se trouve nulle part ailleurs, ce sentier est une expérience à part.
La montée vers le Monte Grosso, le toit de la Balagne
Pour les randonneurs confirmés, le Monte Grosso, sommet culminant de la Balagne à mille sept cent trente-huit mètres d’altitude, est l’objectif ultime. Cette montagne domine toute la région depuis le nord-est de Calvi, et son ascension offre un défi sportif doublé d’une récompense visuelle sans équivalent. Depuis le sommet, par temps clair, le regard s’étend sur toute la Corse septentrionale, les golfes, les villages, les crêtes qui se succèdent jusqu’à l’horizon. Le départ se fait depuis un point d’accès en altitude, accessible en voiture depuis Calvi en suivant les routes de montagne qui montent vers l’intérieur de la Balagne. Le sentier commence dans une forêt de pins laricios, ces arbres majestueux qui couvrent les versants de la montagne corse, et monte régulièrement à travers un terrain rocailleux où les racines émergent du sol comme des sculptures naturelles.
L’air se fait plus frais à mesure que l’altitude augmente, et les odeurs changent, le parfum du maquis cède la place à celui de la résine et de la terre humide. La montée est exigeante, les pentes sont raides, le terrain est technique par endroits, et il faut compter entre quatre et cinq heures pour atteindre le sommet. Mais le chemin est magnifique, il traverse des zones de haute montagne où les arbres se font rares, où les rochers affleurent dans une nudité minérale, et où le silence est total. À mesure que le sommet approche, le vent se fait sentir avec une force qui rappelle l’exposition de ces hauteurs. On avance lentement, en posant les pieds avec précision, en respirant profondément. Le sommet, une fois atteint, offre une récompense qui dépasse les attentes. Le panorama s’étend dans toutes les directions, vers l’ouest, le golfe de Calvi et la mer Méditerranée ; vers l’est, les massifs centraux de la Corse ; vers le nord, le Cap Corse et ses crêtes ; vers le sud, la vallée de la Balagne qui descend en pente douce vers le littoral. Par temps clair, on aperçoit même les côtes de la Sardaigne, à l’horizon, comme une ligne bleue posée sur la mer. Le retour se fait par le même sentier, et la descente, toujours plus rapide que la montée, permet de redécouvrir le paysage sous un angle différent.

À l’arrivée, on se sent changé, pas seulement par l’effort physique, mais par cette façon qu’a la montagne de vous rappeler votre petitesse et votre place dans le monde. Le Monte Grosso n’est pas une randonnée pour tous, il faut de l’expérience, de l’équipement adapté, et une bonne condition physique. Mais pour ceux qui cherchent à se confronter à la montagne corse dans ce qu’elle a de plus exigeant, c’est une expérience à ne pas manquer.
Une ville pour les marcheurs à pieds inspirés. Calvi n’est pas seulement une destination de plage, un port où l’on s’arrête avant de repartir vers d’autres horizons. C’est aussi un point de départ vers des paysages qui méritent qu’on les parcoure à pied, lentement, en prenant le temps de voir, de sentir, de respirer. Les sentiers autour de Calvi sont multiples, variés, et ils offrent une palette de paysages qui résume toute la richesse de la Balagne, la mer, la montagne, les villages, les forêts, les crêtes, le silence. Pour celui qui aime marcher, qui cherche dans la randonnée une forme de dialogue avec le paysage, les vacances à Calvi sont une promesse tenue. Les sentiers sont là, balisés ou sauvages, faciles ou exigeants, courts ou longs. Ils attendent simplement qu’on les prenne, un matin, au lever du soleil, quand l’air est encore frais et quand la lumière commence à se poser sur les collines.

