La Corse

Île de beauté

Le Mariage en Corse autrefois

Quelle jeune-fille n’a jamais rêvé d’un prince charmant, monté sur un beau cheval, venant  l’enlever pour vivre une belle histoire d’amour qui se terminerait, comme dans les contes, par : « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants…. »

Et bien, laissez moi vous conter ces mariages d’autrefois en Corse et vous verrez qu’autrefois…… il était bel et bien question de prince venu enlever sa promise à cheval!!!!

carte postale corse

Il fallait déjà que chaque personne sache qu’elle était véritablement désirée. Pour cela, deux regards qui se croisaient à la fontaine du village ou sur les bancs de l’église, lieux incontournables de rassemblement de chaque village, en disaient long sue les sentiments de chacun. Une fois persuadé de son effet sur la belle, le soupirant gagnait en assurance et, accompagné de quelques amis, de préférence, chanteurs ou musiciens, le voilà sous les fenêtres de la maison familiale,  poussant une petite sérénade. Il fallait attendre l’arrivée de la jeune fille, pour se permettre, certain alors de la réciprocité de ses sentiments, d’entrer chez ses parents et de partager une liqueur du pays. A partir de ce moment, les amoureux pouvaient publiquement dévoiler leur amour mais, attention…… toujours accompagnés d’un chaperon en attendant le mariage officiel!!!!

Dans la plupart des cas, les deux promis vivaient dans le même village. Le jour du mariage, la tradition voulait que le cortège, avec la future mariée, se dirige jusqu’à la demeure du futur marié avant de passer à l’église. Future « belle maman » remettait solennellement les clés de la maison et une quenouille. Celle-ci symbolisait les devoirs qui attendaient la femme au foyer.

Quand le marié n’était pas du même village, et c’est là que l’on retrouve l’histoire du prince charmant, celui-ci, accompagné de ses amis, de sa famille, se rendait à cheval au village de la « promise » pour l’enlever et la conduire dans sa maison. Des coups de fusil accompagnaient ce rituel. Ce cortège était appelé « muggliaccheri ». Une barrière  » à travatta » leur barrait la route, les séparant des frères et cousins de la future mariée. Cet affrontement tout à fait légitime et symbolique, digne d’une pièce de théâtre, devait démontrer la réalité de cet enlèvement. Tout devait laisser à penser que, le beau prince ne pouvait pas « s’en tirer comme ça »!!!!! Un course folle entre cavaliers s’engageait alors ; le premier avait le privilège et l’honneur de se faire remettre la clé et la quenouille qu’il devait aussitôt remettre à la princesse aprés les avoir déposées dans une corbeille garnie et décorée à cet effet. Les cloches sonnaient à toute volée annonçant qu’il était temps de passer aux choses sérieuses en se présentant à l’église pour la messe de mariage.

Après la cérémonie, la tradition qui se perpétue de nos jours, consistait à jeter du riz sur les mariés; elle devait apporter les vœux de prospérité et de bonheur aux nouveaux époux. Cette volée de riz était accompagnée de coups de fusil tirés par les villageois.

Quand on sait que tous les villageois, des deux villages, étaient conviés au repas de noce, on imagine sans peine à quoi devaient ressembler les tablées. On devine aussi le travail qui incombait aux cuisinières!!! Les plats étaient à la mesure des invités!!!! En Castagniccia, la tradition voulait que soient présentés 14 plats différents, comme à Noël en Provence. Lorsqu’on connaît le nombre incroyable de recettes à base de farine de châtaigne, on imagine bien que les desserts et les entrées en faisaient partie. Des heures durant, chacun improvisait, en l’honneur des mariés, des chants traditionnels où se mêlaient, liturgie, satyre, poésie, humour….

Mais, me direz-vous, quand les parents n’étaient pas d’accord pour cette union, que se passait-il? Ces couples d’amoureux « illégitimes » étaient appelés « I Scapadicci » ou « fughjiticci ». Ils parvenaient toujours à trouver un complice pour les aider à cacher, dans un endroit tenu secret, leur amour. Ils restaient cachés assez longtemps pour compromettre la pureté de la jeune fille. La seule réparation, pour sauver l’honneur de la famille, était de se faire épouser.Il s’agit d’une coutume naguère très répandue, et qui s’est maintenue jusqu’à une époque assez récente : un jeune homme et une jeune fille disparaissent ‘’clandestinement’’ du village un beau soir, et réapparaissent peu de temps après, en couple dès lors considéré comme normalement marié. Quelques fois ils fuguaient avec l’accord des familles ce qui évitaient les frais d’un grand mariage.

L’occasion de faire la fête restait alors possible après le mariage officiel à l’église.

 

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